Les amandiers et l’Esprit…

Vous voilà enfin arrivé à moi ? Cela fait si longtemps que je vous attendais chers habitants de ce petit village toujours cher à mon cœur. Je me présente. Je suis l’Esprit. Celui qui rode dans le village le soir venu. Celui qui aime à jouer aux jeux d’antan, oubliés et délaissés, et qui boit à l’eau de la fontaine lorsque la chaleur se fait souffreteuse. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis ici, mais j’ai l’apparence d’une éternelle jeunesse.

Ma vie n’est qu’un immense printemps…

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Le printemps… le voilà fleurir devant nos yeux… Mais regardons nous encore éclore la nature…

Ma mémoire parfois s’échappe mais certains souvenirs ne sont jamais effacés. Je me rappelle encore cette fameuse année ou février et mars se chevauchaient. Plus l’hiver, mais pas tout à fait le printemps. Et je m’étais arrêté en contemplation devant un amandier en fleur. Observant ce cœur jaune d’or, ces pétales de velours blanc et cette écorce … Vous êtes vous déjà arrêté pour caresser l’écorce de cet être ? Il me semble que les branches de l’amandier, chargé de fleurs ou de fruits, nous ouvre ses bras pour nous accueillir sur ses terres…

Ainsi, assis sous cet être de « fleur de peau », je me prenais en milles jeux. Assis ici, à l’entrée de cette vigne, j’étais au bout du monde ! J’étais pour quelques instants le Bouddha conté dans la légende ; j’atteignais l’Eveil… mais je dois avouer qu’en ce temps, mes quêtes n’étaient pas toujours si spirituelles … Et bien mieux me tentait alors de rester sur les terres languedociennes.

J’étais aussi Saint Louis, rendant la justesse sous un chêne… un chêne aux guirlandes blanches. Je rendais la justice aux oiseaux : désormais on ne tuerait plus les pies espiègles tournant autour du grain ! je rendais justice aux vignes : elles redeviendraient vierges et de nouveau se donneraient aux hommes sans qu’ils ne le leurs demandent. Comme dans ce texte latin, où je m’étais depuis bien longtemps perdu, où Tibulle évoquait l’âge d’or : « D’eux même les chênes donnaient du miel et spontanément les brebis venaient offrir le lait de leurs mamelles aux hommes qui n’avaient pas de soucis. »

L’amandier fleuri était pour moi une grande source de bonheur…

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Il annonçait le carnaval.

J’aurais voulu couvrir le poulain de ces douces fleurs !
Les souffler aux cœurs des gens durant la buffetière !
En jeter des poignées sur les curieux venus voir le corso…
En glisser dans les poches de mes galants venu le temps du bal…

Oui j’aime l’amandier pour toutes ces choses, tout ce qu’il symbolise pour mois…

Tant d’autres beautés se cachent encore sur nos terres, tant d’histoire à raconter pour un esprit sans époque…

J’aime toujours à jouer entre les fleurs. Entendez vous les gémissements des arbres ? Observez vous ces branches se balancer au gré du vent ? Regardez ces herbes hautes se coucher sous le poids du vide de mon corps d’esprit. Est ce que les plantes ne seraient pas plus intéressantes si vous vous y cachiez prêt de moi ? Alors allez vous observer le chêne et le frêne ? L’orme et le prunier ? Prendrez vous le temps de cueillir ce bouquet de fleurs sauvages… Je ne serais peut être pas loin, moi l’esprit d’un éternel printemps qui hante toujours notre village.

Mes plus vieux amis et mes parents reconnaîtront  un texte écrit il y a exactement 10ans. Le voilà rafraîchi et tronqué pour célébrer l’arrivée du printemps. Je remercie mes adorables parents d’avoir pensé à moi en prenant ses photos derrière chez eux, dans le sud. J’en aurais passé du temps et des années à aller rendre visites à ces amandiers. J’en aurais traîné des gens derrière moi pour les leurs faire découvrir comme un secret que l’on avait partagé avec moi. Je rejoins Maman sur ce point Papa: oui la lumière était excellente pour cette série de photos ;)

J’en profite pour faire un lien vers l’article de ma Maman dédié au printemps ♥ 

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